Brutal Black, l'art de faire mal

Un article sur le tattoo, un bon bouquin à partager, un sujet de société… Viens échanger et te cultiver dans cette zone.

Brutal Black, l'art de faire mal

Messagepar Coin-coin le Canapin » Jeu 27 Avr 2017 09:57

Salut.
Je suis tombé sur cet article (en anglais) :

https://www.vice.com/en_nz/article/meet ... aesthetics

Un collectif composé de 3 tatoueurs (Valerio Cancellier, Cammy Stewart et Phillip "3Kreuze") qui tatouent en s'appuyant plus sur le côté rituel et douloureux du tatouage qu'à une fin esthétique.

Quelques vidéos des sessions (avec du metal très metal et la caméra qui bouge) :
https://www.youtube.com/user/cammytattoos/videos

L'article se lit facilement mais j'ai traduit vite euf les trois réponses à la question : "en quoi brutal black est différent d'une séance de tatouage normale ?"

Cammy : "Habituellement, ce qui importe le plus dans mon travail est le résultat.
Ici, c'est complètement différent. Ce type de tatouage n'est pas destiné à tout le monde et est à l'opposé du tatouage tel que je le vois aujourd'hui : superficiel, sans âme, rabaissé par la mode, les médias et la culture populaire.
Ce concept, c'est un bon "fuck you" au tatouage tel que les gens le considèrent aujourd'hui."

Valerio : "De nos jours, l'univers du tatouage est à la recherche d'un produit artisanal exempt de son son côté rituel.
Brutal Black Project ne fait pas de compromis. Son objectif est d'expérimenter l'aspect rituel du tatouage."

Phillip : "Lorsque j'effectue mon travail habituel, je reste dur, brutal et j'encre le plus de peau en un minimum de temps, mais j'accorde plus d'attention au client et à son corps.
Dans le projet Brutal Black il n'y a ni compassion, ni scrupule, ni empathie. C'est un peu bizarre d'agir comme ça, mais c'est dément de "massacrer" ces volontaires.
Voir leur douleur, leur corps trembler et tout le bordel. Je ressens la fierté d'atteindre un but conjointement avec eux.
Si tu as du mal à marcher après la session, c'est que ça a fonctionné. La douleur est éphémère, la fierté éternelle !"

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Re: Brutal Black, l'art de faire mal.

Messagepar Destal » Jeu 27 Avr 2017 10:06

Concept hyper intéressant. Les notions de douleur et de rituel m'interpellent depuis que je m'intéresse au sujet. Je me dis souvent que si demain on parvient à inventer le tatouage sans douleur, on perdrait quelque chose. J'aime leur démarche.
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Re: Brutal Black, l'art de faire mal.

Messagepar Frère Toine » Jeu 27 Avr 2017 10:34

Honnêtement j'avais déjà vu leur vidéo avant l'article, et j'ai franchement du mal à voir le côté rituel de la chose. Rituel de quoi ? Et puis le discours de Cammy sur la mode et compagnie ça me fait un peu rire. Il travail lui aussi dans la grosse mouvance blackwork au même titre que psyland ou d'autre et niveau médiatique il y a quand même plus discret que lui. ça fait un peu discours de hypster, je fais un truc hyper original comme tout mes voisins parce que la société c'est de la merde. Si il expliquaient le projet comme une approche différente du rapport au corps, de la souffrance j'aurais complètement compris mais la ça fait tellement hypocrite.
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Re: Brutal Black, l'art de faire mal.

Messagepar mavhoc » Jeu 27 Avr 2017 10:50

La décadence de la bourgeoisie occidentale dans toute sa beauté : ébahi devant la beauté naturelle et sans artifice des rituels originaires, on tente de les recréer de bien mauvaise façon en ignorant tout de nos propres rituels, tout aussi sacrés et important.
Dès lors que le choix est posé, il est ridicule de tenter de copier.
Nous avons le choix, aujourd'hui, de la douleur, de la tradition ou non. Les mahoris, par exemples, ne l'avaient pas. Rien que cela crée un rapport totalement différent au tatouage.


Bref, encore des mâles en manque de virilité qui veulent prouver que eux sont des vrais et qu'ils en ont.
C'est devenu tellement mainstream de vouloir être différent que je crois bien que le seul moyen d'être différent c'est d'accepter qu'on est quelqu'un de normal :roll:


D'ailleurs, un petit secret, le tatouage c'est plus un truc de rebelle :mrgreen:


EDIT : "La douleur est éphémère, la fierté éternelle !" cette phrase c'est quand même l'apothéose de l'absence d'intelligence. Jamais un mec qui a vraiment souffert ne dira ça. Vous croyez sincèrement qu'une gueule cassé de 14-18 était fier d'avoir vécu des souffrances ? Vous pensez que les spariates étaient fiers de leur souffrance ? Non ils étaient fier d'avoir fait ce qu'ils DEVAIENT faire. Or, le tatouage n'est pas une obligation. Dès lors on imite juste nos ainés sans comprendre que c'est le contexte qui compte.
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Re: Brutal Black, l'art de faire mal.

Messagepar Destal » Jeu 27 Avr 2017 11:03

Malgré ce que j'ai dit, je reste d'accord en de nombreux points avec mavhoc, notamment sur le fait que si la douleur est évitable alors la créer volontairement n'a pas la même valeur que celle originelle.
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Re: Brutal Black, l'art de faire mal.

Messagepar mavhoc » Jeu 27 Avr 2017 12:27

Pour reprendre quand même l'intérêt de Destal et nuancer mon propos : je pense qu'un rituel intime et personnel peut se faire, notamment par la douleur. Mais on est dans l'ordre d'une chose qu'on s'impose qui est très différent de décider revenir à un rituel sociétal, qui lui, n'a rien à voir. Il existe plein d'histoires de tatoués qui ont décidé d'avoir mal, par hommage, dans leur tatouage. Cela est une forme de rituel, de décision de subir la douleur pour une autre douleur, ça n'a rien à voir, cependant avec l'idée archaïque de souffrir de manière éphémère pour en tirer une gloire éternelle. Il n'y a pas de gloire dedans, mais une nécessité encore. Il n'y a pas de rituel de la société mais une décision intime et personnelle qui n'inclut même pas le tatoueur nécessairement.
Encore une fois, je trouve beau le projet d'une femme ou d'un homme qui décide de souffrir durant son tatouage pour extérioriser la perte d'un proche par exemple, qui décide de subir la souffrance physique non pour prouver ses capacités mais pour extériorisé une douleur mentale, à l'inverse, celui qui décide de souffrir parce qu'il trouve que la souffrance en elle-même est le retour à un rituel qu'il ne connaît en réalité que de manière superficielle (prétendre connaître un rituel c'est connaître un peuple, connaître un peuple c'est par exemple connaître sa langue donc bon ...), cela demeure hallucinant de bêtise et très "hipster" en effet.
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Re: Brutal Black, l'art de faire mal.

Messagepar NeoMedusa » Jeu 27 Avr 2017 16:53

Cette histoire de Brutal Machin me fait plus penser à une posture, une attitude qui se la joue TrVe 3xtreeeeme, avec toute l'imagerie et tout l'imaginaire qui vont bien : croix renversées, death, bourrinage en règle et pseudo théorisation d'une sorte de SM ritualisé.
C'est un peu le cycle de balancier habituel des mouvements culturels un temps à la marge qui oscillent entre underground et mainstream.
Le tatouage se popularise, se normalise, s'édulcore pour certains. On répond alors par un contre-modèle se voulant à rebours et en réaction. On se dit anti-esthétique, non-orthodoxe, on te déchire à l'arrache tout en emballant ça dans une espèce de prose doloriste initiatrice : "Révèle ta nature en fusionnant avec Mère Douleur ! Grrrrrr !" :bfouet:
On a vu le même truc dans la musique, l'art corporel ou... le porno.
Bientôt, l'ultime défi sera de te faire ravager l'épiderme à coup d'aiguilles souillées, dans le noir, par un tatoueur aux yeux bandés, sans gants, allongé sur des tessons de verre arrosés de sang de bouc. Tu vas pleurer des lames de rasoir et si tu survis, tu sauras pourquoi tu es vivant.
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Re: Brutal Black, l'art de faire mal.

Messagepar twinings » Ven 28 Avr 2017 10:29

J'avais vu leur vidéo avant de lire l'article, il y a quelques semaines, et j'avoue que j'avais été assez inconfortable avec le concept. La vidéo venait sans trop d'explication, et je trouvais effectivement les tatoueurs assez peu humains, on sentait que le tatoué arrivait au bout de ses limites, ça devenait vraiment difficile à regarder. En tout cas, ça s'éloignait pour moi de l'image du tatouage telle que je l'ai.

Je n'ai pourtant pas l'impression de négliger l'aspect douloureux du tatouage comme suggéré dans l'article. Effectivement, je n'aime pas souffrir pour rien, mais j'envisage la chose différemment dans le cadre du tatouage. Pour l'instant, je suis restée sur des zones peu sensibles, et je suis très peu couverte, et ça joue peut-être dans ma perception du phénomène, mais je me retrouve assez dans le mécanisme de la douleur physique qui "exorcise" la douleur morale, comme évoqué par mavhoc. Et il y a une autre dimension aussi, pour moi, qui rentre en compte, et c'est jouer avec les limites de son corps, dans une certaine mesure, afin de me réapproprier celui-ci. Je fais un parallèle bateau avec le sport, mais c'est pour moi la même chose : j'inflige une souffrance à mon corps, à un moment M, pour repousser mes limites, voir ce dont je suis capable, et me permettre de ressortir plus "forte" derrière. Mais ça n'a de valeur pour moi que si effectivement je me sens mieux après. Une bonne séance de sport qui me laisse lessivée a un impact que je trouve positif, mais faire du sport jusqu'à me péter un truc a tout de suite moins d'intérêt.
L'intérêt principal du tattoo pour moi, c'est que c'est beau. :geek: Et c'est ça qui prime par rapport à la douleur, et c'est ce qui fait que j'accepte la douleur inhérente au tatouage : parce qu'elle permet un processus "métamorphique" comme le papillon qui sort de sa chrysalide, et j'aurai donc quelque chose de plus beau après qu'avant.

Je suis tombée sur l'article récemment, je l'ai lu pour comprendre, et j'ai trouvé ça un peu... vide. Je trouve que c'est trop facile de tomber dans l'extrême pour tenter de contrebalancer un autre extrême. La démocratisation du tatouage apporte son lot d'avantages et d'inconvénients, et je comprends tout à fait qu'on puisse ne pas aimer ce changement, pour plein de bonnes (et moins bonnes) raisons. Mais je ne suis pas sûre que ce contrepied permette vraiment de retrouver le "tatouage originel" par l'intermédiaire d'un "rituel" qui semble juste être de la surenchère dans le subversif. Cela dit, cela prouve peut-être simplement que je fais partie de ces tatoué-e-s mainstream qui ne sont justement pas visés par le Brutal Black :mrgreen:

Après, si certains en ressentent le besoin, et tant que c'est fait de manière consentante, alors pourquoi pas. Moi ce n'est pas trop ma came, et j'ai encore un peu mal à appréhender vraiment le concept.
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