LIVRE - Remarques sur le tatouage dans l'Égypte ancienne

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LIVRE - Remarques sur le tatouage dans l'Égypte ancienne

Messagepar mavhoc » Mar 24 Jan 2017 17:00

Ouvrage que j'ai découvert très récemment lors d'une petite pause récréative dans ma bibliothèque universitaire (ça veut dire que je cherche des livres sur un sujet et je les survole, histoire d'apprendre vaguement des choses pour me reposer l'esprit d'autres problèmes qui me font saturer), je vous propose un rapide avis sur le très intéressant mémoire de Louis Keimer, publié en 1948 par l'Institut français d'archéologie orientale : Remarques sur le tatouage dans l'Égypte ancienne.

L'ouvrage est en avance sur son temps dans le sens où le propos, et la langue même, embrasse une volonté de traité l'Histoire et l'archéologie de sujets jugés comme "anecdotiques" jusque là. Il y a dans cette étude une vraie fraîcheur très palpable et, dans le même temps, un certain nombres d'aspect moraux critiquables.
Le livre se base sur l'étude de poupées, de statues et de momies retrouvées lors de fouilles. Keimer est le premier à souligner la faiblesse des sources, les examens ayant manqué de soins selon lui. Il va tâcher de comprendre et d'analyser quels étaient les types de tatouages réalisés dans l'égypte ancienne à partir de cas très pratique. Le résultat est connu d'avance par nombres d'entre vous : les tatouages étaient limités, principalement des points (le nombre 16 revient fréquemment). On notera la grande présence sur des zones de transitions de féminité (le ventre, au-dessus du sexe, sous la poitrine) mais aussi sur les bras et les jambes. Souvent les points prennent des formes de carrés, de rectangles, de losanges.
De nombreuses preuves sont là pour appuyées la fréquence et montrer qu'il s'agissait de tatouages typiques.
Point spécial, le Dieu Bès apparaît également comme une figure récurrente, le Dieu nain, laid mais joueur, amusant au possible, symbole de fête et de vie, de vivacité, d'amusement, de rire est une figure forte du tatouage égyptien.

L'approche de l'étude est, cependant, moralement diamétralement opposée à ce que l'on pense aujourd'hui. Là où beaucoup d'historien vont tâcher de mettre en évidence les spécificités du tatouage, sur le plan artistique, esthétique, spirituel voir métaphysique, Keimer assume totalement d'assimiler le tatouage à la prostitution et crée une moralité douteuse pour les tatouées de l'égypte antique qui devienne des copies conformes de l'image très simplifiée de Keimer.
Les prostituées sont faciles, sans grande profondeur de pensée, profitent de l'instant présent, aiment la fête et la musique. Il y a une critique de l'honneur de ces personnes, de leurs moeurs, etc.
Certes, des vrais arguments permettent d'identifier tatouée = prostituée mais la description morale qui s'en suit est fortement ethnocentrique et ne résisterait pas à bien des critiques contemporaines.

L'ouvrage contient aussi une étude assez intéressante sur la proximité entre le tatouage de l'Égypte antique et ceux de l'Égypte moderne. Bon après on est dans du moderne de la première moitié du XXe siècle, donc on va nuancer hein ;) Mais l'idée est intéressante et amusante. On a une belle étude pour ceux qui cherchent à comprendre le tatouage de cette époque aussi. De manière générale Louis Keimer montre quelques points communs, mais ça reste anecdotique, difficile en même temps de croire à une pure transition de culture en quelques millénaires. Pour autant, il montre que certains symboles se sont transmis dans différentes cultures de cette zone géographique.

L'ouvrage est très court (113 pages) assez illustré et très accessible.
Je le recommande chaudement même si un travail de contextualisation sera nécessaire.
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mavhoc

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Re: LIVRE - Remarques sur le tatouage dans l'Égypte ancienne

Messagepar Anna-Livia » Mar 24 Jan 2017 17:52

Ça a l'air extrêmement intéressant ! (Et je trouve ça réconfortant qu'un mémoire soit lu 65 après sa publication, sûrement parce que ça me renvoie à mon propre master :sad: )
Il y a quand même une recherche dans la voie d'expliquer certains motifs ou Keimer se cantonne à les associer à des mœurs légères ?
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