Najat Vallaud-Belkacem et le CAP tatouage

Un article sur le tattoo, un bon bouquin à partager, un sujet de société… Viens échanger et te cultiver dans cette zone.

Re: Najat Vallaud-Belkacem et le CAP tatouage

Messagepar Krän » Lun 7 Nov 2016 11:59

Cool, merci. :)
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Re: Najat Vallaud-Belkacem et le CAP tatouage

Messagepar Krän » Mar 8 Nov 2016 20:00

Nouvelle publication de Tatouage et Partage, avec des éléments suite au communiqué du SNAT (cf ci-dessus).


Tatoueurs : quel avenir ? Fiscalité, statut, formation


Le président de l’association Tatouage & Partage Stéphane Chaudesaigues s’exprime sur la récente actualité du tattoo, entre statut du tatoueur et de l’apprenti, artistes et artisans.


Rarement – pour ne pas dire jamais – la question du statut du tatoueur et, avec elle, celle de sa formation, avait autant déchainé les passions. Depuis les déclarations de la Ministre de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur Najat Vallaud-Belkacem sur un potentiel CAP tatouage, vous avez été nombreuses et nombreux à réagir, à échanger et à nous faire part de vos arguments. Sur la page Facebook de Tatouage & Partage, sur celle du SNAT et, à n’en point douter, entre vous autour d’un verre, d’un repas ou entre deux tattoos. De cet engouement et de cette implication, je me réjouis car ils permettent à notre cause d’avancer.


À ce titre et pour continuer d’aborder le débat du statut du tatoueur, de sa formation et d’un potentiel diplôme avec sérénité et de manière constructive, je me suis penché sur le dernier communiqué du SNAT, consultable en accès libre. Je suis heureux que nos deux organisations fassent montre de points de convergence et que nous parvenions aux mêmes conclusions concernant l’apprentissage et les difficultés liées au manque de statut. Si nous n’apportons pas les mêmes solutions, je cultive néanmoins l’espoir que nous puissions envisager de travailler ensemble afin d’offrir une fin heureuse à ce dossier.


Dans cette dynamique, voici mes conclusions suite au dernier communiqué du SNAT et par rapport aux nombreux commentaires lus et reçus ces derniers jours.


Aujourd’hui, tout le monde peut devenir tatoueur

Actuellement, la seule et unique condition pour devenir tatoueur déclaré est une formation à l’hygiène de 21 heures. Pour l’obtenir, c’est simple : il suffit de payer. En effet, aucune validation des acquis n’est demandée au terme de la session – rien d’étonnant, donc, au fait que le nombre de tatoueurs ait explosé ces 5 dernières années. Nous n’avons donc pas à attendre la création d’un diplôme pour voir ce chiffre augmenter fortement, puisque cette situation arrive déjà. Moins de 500 € pour devenir tatoueur, c’est plus que raisonnable.


Apprenti en CDI ou CDD : pourquoi c’est impossible

En parlant d’apprentissage, j’ai lu et entendu que la seule solution pour avoir un apprenti serait un contrat de travail type CDI, CDD ou intérim. Offrir une rémunération à l’apprenti dans le cadre de son apprentissage avec les charges adaptées : je suis pour – il faut bien que l’apprenti puisse se loger, se nourrir et assurer ses loisirs. Mais je trouve hors de propos l’idée d’un CDI ou d’un CDD. Les implications légales et financières de ces types de contrats sont extrêmement lourdes : se retrouver enchainé à un apprenti avec un CDI et devoir payer les charges qui vont de pair est absolument irréaliste car bien trop coûteux.


La formation gratuite : une idée noble… mais utopique

Pour certains, la formation pour devenir tatoueur doit être libre et gratuite. Mais gratuite pour qui ? Sans garantie aucune mais avec les charges qui lui incombent, le patron doit donc payer (au prix fort) pour enseigner. À savoir que la grande majorité des tatoueurs sont déclarés en autoentrepreneurs (ou microentrepreneurs) et que, de fait, il leur est donc impossible de prendre un salarié puisque c’est un état de travail individuel.


Le coût d’un apprenti : 56 664 €

Pour les autres, ceux qui sont en SASU, SARL ou autres, l’idée est là aussi irréalisable. Partons, pour le prouver, sur une base d’étude de la durée "normale" d’un apprentissage en boutique qui est de 3 ans en moyenne. Partons donc sur un CDD de 3 ans. Le SMIC mensuel de 35 heures brut s’élève à 1 467 €, pour un salaire net de 1 128 €. Les charges patronales après abattement et intégrant une mutuelle obligatoire s’élèvent à 13 %, soit 195 €. On peut escompter une déduction du CICE dans le meilleur des cas de 88 €. On arrive donc à un SMIC mensuel chargé qui coûterait 1 574 € mensuels à l’entreprise. Multipliez ce nombre par 36 mois : on arrive donc à 56 664 € pour avoir un "apprenti". Si votre expert-comptable valide le fait que vous embauchiez un salarié qui ne rapporte rien à votre entreprise, c’est qu’il est temps de changer d’expert-comptable…


Apprenti et tatouage : aux yeux des autorités, cela reste officiellement impossible

En outre, engager un apprenti en bonne et due forme n’est possible qu’en partant du postulat que le métier de tatoueur existe… ce qui, pour rappel, n’est toujours pas le cas à l’heure actuelle. Parce que même en justifiant la présence d’une tierce personne dans le shop en cas de contrôle, vous ne pourrez le présenter comme un apprenti. La raison, c’est celle-ci : on ne peut légalement apprendre une profession qui n’existe pas et qui n’a aucun référentiel.


Pourquoi l’Etat refusera toujours d’accorder le statut d’artistes à tous les tatoueurs

L’article 98 A de l’annexe 3 du Code général des impôts s’arrête sur la définition des œuvres d’art. Que deviennent ceux qui ne rentrent pas dans les secteurs évoqués ? Pour rappel, l’article stipule qu’une œuvre d’art ne peut être un dessin commercial ni faite à partir d’un procédé mécanique, excluant de fait le dermographe et la rotative. Dès lors, qu’adviendrait-il des nombreux tatoueurs qui vivent de la réalisation d’attrapes-rêves ou de signes de l’infini si le statut d’artiste devait être obtenu pour tous les tatoueurs ? Croyez-vous vraiment que Bercy, parfaitement conscient du nombre extrêmement important de lettrages et autres tattoos ne répondant pas à la définition d’une œuvre d’art, voudra abandonner TVA et RSI au profit de ces tatoueurs ? La réponse est non, bien évidemment – c’est une utopie. Tout au contraire, je suis pour négocier une fiscalité et, pourquoi pas, un taux de TVA réduit pour les pièces uniques dans la cadre de l’artisanat d’art.


Pourquoi je suis pour le statut d’artisan d’art pour les tatoueurs

Dans ce contexte, le statut d’artisan d’art est reconnu pour toutes les créations faites tant dans la mode que dans la joaillerie, mais aussi dans les vitraux par exemple. Il constituerait une véritable valorisation de notre technique et de notre savoir-faire que de pouvoir être assimilé à ces prestigieux artisans. Cela permettrait de pouvoir transmettre le savoir de maître à élève avec un vrai cadre de protection tant pour l’élève que le maître. Je vous invite à lire vous-même la définition proposée sur le site officiel de l’Institut National des Métiers d’Art :
Les professionnels des métiers d’art sont d’abord des hommes et des femmes de passion. Ils façonnent, restaurent, imaginent des pièces d’exception à la croisée du beau et de l’utile. […] Un métier d’art peut être défini par l’association de trois critères :
- il met en œuvre des savoir-faire complexes pour transformer la matière
- il produit des objets uniques ou des petites séries qui présentent un caractère artistique
- le professionnel maîtrise ce métier dans sa globalité


En finir avec les connotations négatives et injustifiées autour du terme d’artisan

Autre question lue à quelques reprises ces jours-ci sur les réseaux sociaux : existe-t-il des artisans peintres, par exemple, ailleurs que dans le bâtiment ? La réponse est oui : les artisans d’art en sont tels que les peintres sur verre ou sur porcelaine par exemple. Ils travaillent sur commande mais ont une production créative impressionnante. J’estime qu’il faut donc garder les pieds sur terre et ne pas confondre artisans simples comme les plombiers et artisans d’art, dont nous espérons pouvoir faire partie.


L’apprentissage en école : le paradoxe de l’Ecole Française de tatouage

J’aimerais aussi revenir sur les écoles de tatouage en m’appuyant sur un constat. Ceux qui ont abordé et travaillé sur le CQP (certificat de qualification professionnelle) sont les mêmes que ceux qui ont avancé l’idée d’un CAP (certificat d’aptitude professionnelle). L’idée du CPQ avait été abandonnée : en revanche, elle avait bien été reprise par l’Ecole Française de tatouage (EFT), qui avait mis en place ce CQP et organisé des formations à tour de bras. Cette démarche, au lieu d’être pédagogique, est profondément commerciale. Aujourd’hui, c’est ce même organisme qui siège aux côtés du SNAT aux réunions de l’Association française de normalisation (AFNOR) pour travailler sur une normalisation du métier de tatoueur. J’estime cette situation au mieux paradoxale, au pire intolérable.


Et au Japon alors ?

Dans son argumentaire, le SNAT réalise un parallèle avec le Japon et avec les maîtres tatoueurs japonais. Je trouve que c’est une bonne idée, le Japon équivalant à une terre sainte pour le tatouage. Je suis cependant en profond désaccord avec la manière dont est articulée la comparaison. Horiyoshi, par exemple, se considère non comme un artiste mais comme un artisan.


Selon lui, le tatouage nippon et son apprentissage sont régis par des règles très strictes, bien loin de cette pseudo liberté artistique que nous leur attribuons. N’oublions pas qu’au japon, il est quasiment interdit d’arborer des tatouages et que bon nombre d’endroits sont interdits aux personnes tatouées. Le gouvernement japonais est même en train d’essayer de légiférer sur une interdiction de tatouer, sauf pour les personnes ayant un diplôme de médecine.


Les marques de studios de tatouage existent déjà et répondent à une demande

On nous parle des chaînes certifiées de shop de tattoos qui arriveraient sur le marché à cause d’un diplôme. La vérité, c’est celle-ci : les chaines existent déjà et répondent à une demande puisqu’elles existent depuis de nombreuses années. Que fait-on des nombreux clients en demande de pièces de faible proportion si l’on « interdit » le tatouage dit flash parce que ce n’est pas assez artistique ?


Contre les approximations historiques sur un soi-disant "art du tattoo" : des Maoris…

Autre argument lu et entendu récemment : le tatouage serait un art ancestral qui doit "rester un art et rien d’autre". Ici, je tiens à dénoncer un raccourci malheureusement trop répandu. Le tatouage tribal, à l’origine – car ce sont là les origines du tattoo tel que nous le connaissons aujourd’hui – était utilisé par exemple par les Maoris pour marquer les rangs sociaux des uns et des autres. En d’autres termes, ces marques n’étaient au début que des signes d’appartenance à des groupes tribaux ou religieux, voire même parfois des marques "magiques" pour protéger ceux qui les portaient. On est bien loin de ce qu’on peut appeler de l’art, d’autant que le processus créatif était quasiment nul. En effet, ces dessins étaient établis par tradition et étaient donc les mêmes d’une génération à l’autre.


… à Ed Hardy et Sailor Jerry

Des siècles plus tard, des figures tutélaires telles que Sailor Jerry ou Ed Hardy ont émergé et se retrouvent aujourd’hui placardées sur des assiettes, des mugs et autres bouteilles de spiritueux, pareils à des Che Guevara de l’encrage. Mais la vérité, c’est qu’eux aussi ne dessinaient et ne tatouaient que des flashs ! J’appelle donc à une utilisation sensée de la riche histoire qu’est celle du tatouage pour mieux appréhender ce qu’est l’art… et ce qu’il n’est pas.


Mes espoirs pour tous les tatoueurs de France

Ma conclusion, c’est celle-ci : il est peut-être temps de prendre conscience que tous les tatoueurs ne sont pas des artistes et qu’il n’y a rien de dévalorisant – bien au contraire – à être "simplement" un tatoueur. Je ne suis pas contre l’obtention d’un statut d’artiste pour certains tatoueurs : je suis contre l’obtention d’un statut d’artiste pour tous les tatoueurs. Pour moi, la solution reste l’artisanat d’art dans lequel toute la profession peut se retrouver sous une même bannière qui permettrait à tous de s’exprimer soit de façon classique, soit de façon plus créative. Dès l’obtention d’un statut, nous essaierons de négocier une fiscalité adaptée aux deux types d’activité afin de pouvoir amorcer au mieux ce départ dans notre profession enfin reconnue comme dépendant des métiers d’art.


Stéphane Chaudesaigues
Président de Tatouage & Partage




Edit : nouvelle publication de Tatouage et Partage ce jour.

Comprendre en 3 minutes la question du statut du tatoueur et de la formation diplômante


Récemment, les déclarations de la Ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Najat Vallaud-Belkacem à propos d’un CAP tatouage ont fait grand bruit. Suite aux très nombreuses sollicitations de nos membres mais également de notre communauté Facebook, Tatouage & Partage fait le point sur les récentes avancées du dossier liées au statut et à la formation des tatoueurs, ainsi que sur nos propositions.


LA CHRONOLOGIE DES ÉVÉNEMENTS

Le 23 octobre 2016, au cours d’une visite au Centre des Métiers d’Art de la Polynésie française, Madame Vallaud-Belkacem se déclarait "enthousiaste et favorable" à une reconnaissance de 4 nouveaux CAP (certificat d'aptitude professionnelle), dont un CAP tatouage.

Quelques jours plus tard, l’association Tatouage et Partage relayait l’actualité et revenait sur le choix même d’un CAP, mais aussi et surtout sur l’utilité d’une formation diplômante pour les tatoueurs.

En parallèle, le S.N.A.T. publiait sur sa page Facebook un article titré "Najat Vallaud-Belkacem a-t-elle passé un CAP ministre ? Les tatoueurs s'interrogent...", qualifiant la proposition de la ministre "d’ineptie".

Dès le 31 octobre 2016, Tatouage & Partage publiait une série de tribunes signées de membres de notre association amenés à s’exprimer sur le sujet :

- Kalil Moktar : "Oui à un dialogue constructif sur la formation des tatoueurs"
- Cécile Chaudesaigues : "CAP ou pas CAP ?"
- Gregory Belkadi : "Je ne me sens pas artiste"

Le 1er novembre 2016, le président de Tatouage & Partage Stéphane Chaudesaigues sollicitait à nouveau le Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche pour évoquer la question du statut du tatoueur.


LA SITUATION ACTUELLE POUR LES TATOUEURS DE FRANCE

À l’heure actuelle, les tatoueuses et tatoueurs de France n’exercent leur métier sous aucun statut officiel. Si certains le pratiquent en autoentrepreneurs ou en professions libérales lorsque d’autres travaillent en SARL ou encore en EURL, il n’existe aucun socle commun reconnaissant le tattoo comme un métier à part entière.

Aujourd’hui, le seul prérequis officiellement reconnu pour tatouer est de se soumettre à une formation à l’hygiène d’une durée de 21 heures effectuée auprès d’un organisme agréé. Cette formation en poche, n’importe qui peut tatouer en France en toute légalité, impliquant de multiples menaces pour les tatouées et tatoués : des risques dans la qualité de la prestation, mais aussi et surtout d’ordre sanitaire.


LES REVENDICATIONS DE L’ASSOCIATION TATOUAGE & PARTAGE

Chez Tatouage & Partage, nous œuvrons depuis notre création pour l’obtention d’un véritable statut pour tous les tatoueurs de France. Cette avancée permettrait entre autres à ceux-ci :

- de former officiellement des apprentis
- de reconnaitre la participation du conjoint collaborateur (sécurité sociale et reconnaissance juridique), pour les nombreux partenaires travaillant aux côtés de leurs époux ou épouses
- de bénéficier d’une assurance professionnelle

Le S.N.A.T. souhaite l’obtention d’un statut d’artiste pour tous les tatoueurs. Chez Tatouage & Partage, nous sommes en désaccord avec cette revendication, estimant que la définition d’artiste ne s’applique pas à l’immense majorité des tatoueurs de France, souvent sollicités pour des petites pièces communément appelées "flashs" issues de catalogues ou des reproductions reprises sur Google.

À l’inverse du S.N.A.T., Tatouage & Partage milite pour l’inscription du tattoo sur la liste des métiers d’art comme décrits par l’article 22 de la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014 relative à l'artisanat, au commerce et aux très petites entreprises. Opposée à l’idée d’un CAP ou d’un CQP (certificat de qualification professionnelle), formats évoqués en premier lieu par le S.N.A.T. et que nous jugeons inadaptés à notre profession, notre association appelle cependant de ses vœux la création d’un diplôme reconnu par l’État. Nous nous opposons formellement aux écoles privées de tatouage prétendant former à l’exercice du tattoo moyennant d’importantes sommes d’argent.

Tatouage & Partage sollicite tous ses leviers et son réseau pour échanger avec le gouvernement de manière apolitique sur les questions de formation diplômante pour les tatoueurs, d’alternance, de compagnonnage et autres, pour la définition précise et salvatrice d’un cadre professionnel pour tous.
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Re: Najat Vallaud-Belkacem et le CAP tatouage

Messagepar Krän » Ven 25 Nov 2016 13:12

Le point de vue de Olivier Laizé, (entre autres) porte parole du SNAT. Publié ce jour dans la Tribune de Lyon.

<société> Point de vue d’Olivier Laizé. Le tatouage est un art, pas une matière scolaire.
Olivier Laizé, porte-parole du syndicat national des artistes tatoueurs | 28/11/2016

La ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem a présenté début novembre son projet de création d’un CAP Tatouage. Une annonce qui faire grincer des dents les principaux concernés, dont Olivier Laizé, qui possède plusieurs boutiques à Lyon, pour qui son métier est surtout un art...

Le tatouage est art. Il existe de nombreuses manières d’appréhender son histoire, et autant de points de vue pour tenter d’en légitimer l’existence au sein d’une société qui l’associe aujourd’hui tant à l’image qu’au corps ou à la technique. Mais quelle que soit la voie qu’elle choisit pour lui donner une existence administrative, cette société ne pourra pas le vider de son essence : la créativité. Alors si l’idée d’un CAP Tatouage est posée début novembre par notre ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem en déplacement à Papeete, pour brosser dans le sens du poil les représentants de la fière nation tahitienne, c’est visiblement qu’elle ignore tout d’un métier ancestral qui ne se cadre pas dans le scolaire.

Chaque tatoueur est en évolution, chaque tatouage est différent du précédent, et chaque client est unique. Même soumis aux tendances et aux modes, même quand tout le monde veut le même motif, les tatouages seront tous différents d’un détail ou d’une couleur. L’art du tatouage, comme les autres formes d’art, a ça de beau qu’il ne connaît pas de limite. Il se découvre, tout comme les tatoueurs se découvrent un style, une patte bien à eux, au fil des années de travail. L’immense évolution récente du tatouage, tant sur un plan graphique que technique, n’est possible que par la diversité de ses protagonistes et par une transmission directe du savoir. Le tatouage n’est pas mathématique, et pourtant il valide une équation d’une inébranlable simplicité : son évolution ne peut se faire que par l’addition de l’ancien tatoueur et du nouveau. À ce titre, il ne s’industrialise pas, et surtout il ne s’apprend pas dans les livres d’école, devant un prof et un tableau noir.

Pour être pragmatique, un CAP de tatoueur reviendrait à cloisonner le métier dans une industrialisation de la pratique, en ouvrant des classes formatées selon un programme du ministère de l’Éducation, tel qu’on en trouve dans les métiers de l’esthétique ou de la coiffure. Tout un chacun pourrait alors s’inscrire en « école de tatouage » au sens ministériel du terme, ce qui inonderait un secteur déjà saturé d’un flot de postulants de tous horizons, avec à la clef un diplôme revenant à transformer les tatoueurs en copistes graphiques.

Nous sommes là à l’opposé même de la nature de ce métier, basé sur la création libre et la traduction sur la peau de l’imaginaire du client par l’artiste tatoueur. Et bien au-delà du problème créatif, l’obligation d’obtenir un CAP pour avoir le droit de tatouer ne peut technique- ment pas valider la réelle compétence d’un tatoueur. Le tatouage ne se diplôme pas, car il est affaire de ressenti, tant artistique que technique. À ce titre, il ne peut se contenter d’un nombre d’heures fixes, de cours en classe de 20 personnes ou de QCM de fin d’études.

D’une évidente aberration, cette idée suscite pourtant de lourdes polémiques au sein même de la profession, et tout le monde y va de sa solution sur les statuts ou l’apprentissage. Normal donc que le débat soit ouvert, mais au sein de toutes ces questions, le CAP n’offre qu’un pis-aller dangereux pour l’évolution et la pérennité du métier.

Oublions cette mauvaise idée. En interlocuteur direct des différentes institutions, dans un pays où nous rassemblons plus de 1 600 tatoueurs professionnels, le SNAT (Syndicat national des artistes tatoueurs) revendique depuis des années la liberté d’apprendre les ficelles du métier par la voie artistique au sens noble du terme, du «maître» à «l’élève»...
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Re: Najat Vallaud-Belkacem et le CAP tatouage

Messagepar Lanj » Ven 25 Nov 2016 15:36

De mon côté tatouage et partage à bien lu mes mails et messages mais n'y a pas répondu.
Le snat ma répondu par contre. Et au vu de leur réponse, dire que l'ETF et le snat sont coordonnées ou siège ensemble pour la normalisation d'un métier me semble être un coup bas tout aussi pitoyable que nos cher politiciens... Mais c'est un autre débat. Je vous ferais un copié collé quand je pourrais.
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Re: Najat Vallaud-Belkacem et le CAP tatouage

Messagepar Krän » Ven 25 Nov 2016 15:44

Le fait qu'ils soient tous deux présents ne signifie pas qu'ils partagent les mêmes idées (il est d'ailleurs clair que non) ou qu'il y ait (eu) une quelconque 'entente', je ne sais pas si le fait que T&P indique cela est pour faire ce sous-entendu mais si tel est le cas ce n'est pas très pertinent effectivement.
Ou, peut-être, ils écrivent cela pour indiquer qu'ils estiment avoir eux aussi leur place dans l'histoire bien qu'ils ne soient pas inclus dans les discussions officielles.
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Re: Najat Vallaud-Belkacem et le CAP tatouage

Messagepar Krän » Sam 3 Déc 2016 17:58

Réponse de Stéphane Chaudesaigues (Tatouage et Partage) à la publication d'Olivier Laizé (SNAT) postée plus haut :

De l’art à la rentabilité : le tatouage dans une situation équivoque
Mardi 29 Novembre 2016 / Par Stéphane Chaudesaigues

J’ai aimé lire le billet posté par Olivier Laizé, un porte-parole du SNAT, sur La Tribune de Lyon – bien qu’il m’ait laissé plus que perplexe.

Entre divagations philosophiques et idéal conscientisé, Olivier ne me semble pas représenter au mieux les revendications Snatiennes. Ou alors il nous dupe et nous noie, avec des formulations qui finalement ne veulent pas dire grand-chose au regard de la société actuelle.
L’idéal est beau, c’est justement ce qui rend sa quête difficile, voire inaccessible tel un Graal.

Mais restons pragmatiques, et bâtissons un socle commun, pour notre devenir et notre avenir, avec des représentants peut-être plus légitimes à s’exprimer.

L’exemple est roi, pour reprendre une expression populaire, et si le tatouage, sa pratique ou son art, peut revendiquer des origines très populaires pour ne pas dire prolétaires, qu’en est-il de ce porte-parole ?
Un peu de décence donc. Si tous les tatoueurs sont des artistes, Olivier est donc marchand d’art. Du prolétariat à l’art du tatouage, a-t-il opté pour une reconversion des plus spéculatives ?

En acceptant d’être un des porte-parole de l’association du syndicat national des artistes tatoueurs, ne serait-il pas préférable pour nous tous, et les membres de votre « syndicat », qu’il soit au moins en phase ou en accord avec vos revendications ?

« Un artiste peut parfois travailler sur commande : un artisan a le devoir de le faire. L'existence d'un diplôme officiel de tatouage reviendrait à reconnaître systématiquement le tatoueur comme un simple technicien copiste, disposé à reproduire sans fin les mêmes motifs... Quel bel avenir ! »

Là où nous demandons un statut pour les professionnels du tatouage, d’artisans d’art, afin de leur assurer un cadre légitime, la possibilité d’avoir des apprentis de façon légale, une assurance professionnelle et la chance de pouvoir exprimer leurs talents techniques et artistiques, Olivier Laizé, lui, se répand avec un discours qui me semble des plus inadaptés.
Un homme qui forme à l’hygiène, avec sa société CorpsTech, tous ceux qui souhaitent devenir tatoueur. Qui leur permet d’obtenir le fameux et seul sésame nécessaire, qui leur ouvre les portes après 21 heures de formation, au monde « professionnel » du tatouage peut-il être objectif ?

En effet, il ne faut pas oublier que c’est son gagne-pain…. Tout simplement.

Ce même homme qui évolue dans le petit monde du tattoo sans être lui-même tatoueur, mais qui fait travailler pour son compte des « artistes » tatoueurs… Un homme qui, du haut de sa holding, a finalement trouvé la solution aux méandres du statut des Artistes tatoueurs, puisqu’il les salarie.
Le SNAT, qui refuse en bloc un référentiel pour la « profession », et un diplôme quel qu’il soit est édifiant.

Revendiquer le statut d’artiste pour tous les tatoueurs, il faudrait déjà commencer par se demander quelle est leur légitimité à s’exprimer au nom de tous les tatoueurs alors qu’ils ne sont que 1 600 dans le meilleur des cas.

Passons sur ce « détail ». Revendiquer le statut d’artiste afin d’obtenir une TVA réduite comme les artistes dépendant de la MDA : quel lyrisme dans la revendication !

Le tatouage doit s’apprendre de façon libre et gratuite, oui mais alors, pourquoi faire payer ce sésame qu’est la formation à l’hygiène de 21h dispensée par Olivier Laizé par exemple ?
Eh bien parce que c’est avant tout du business, rien de plus.

Aucune validation des acquis, finalement qui nous amène sur la mise en place d’un CQP, déjà mis en place par une des écoles privées du tatouage.

Mais on pourrait se demander si ce n’est pas la prochaine étape de CorpsTech au vu du développement exponentiel de ses activités : ouvrir sa propre école de tatouage. Et je doute que la formation sera libre et gratuite.

Le tatouage oui, son art, sa pratique et ses artistes.

L’exemple est roi, et je dois bien l’avouer, je rejoins Olivier Laizé sur des valeurs idéalisées, concernant notre activité.
Je l’invite néanmoins à renoncer à son montage fiscal, qui exploite finalement les « artistes » tatoueurs qu’il emploie, et cela afin d’être en accord avec son « syndicat ».

Comment une fiche de paye peut laisser penser qu’un « artiste salarié », puisse véritablement être rentable pour une société, qui doit horriblement faire un minimum de chiffre, et lui laisser jouir de son esprit créatif à la fois.

En effet l’opinion sur le statut d’artisan d’art que nous proposons nous assénant que l’artisan d’art n’est pas libre de son art est en contradiction totale avec ce statut de salarié qui fait peut-être de l’art mais se doit surtout d’être rentable afin de permettre à l’entreprise qui l’emploie de payer ses charges et à son patron de gagner sa vie. Où se situe la part de créativité face à une demande de rentabilité ?
Non, je l’affirme encore ici, tous les tatoueurs ne sont pas des artistes, et les petits patrons de structures comme celle d’Olivier, encore moins.

Alors je vais bien préciser que je ne suis pas contre le montage et le développement d’entreprise et encore moins contre le fait d’avoir ou non des salariés, mais par contre je pense que le mieux quand on s’exprime au nom de personnes est d’être au moins cohérent avec les revendications de ceux que l’on représente.
Mais le discours est beau et laisse rêveur.

Laisse le tatouage aux tatoueurs Olivier, ou au moins arrête de te répandre en explications baudelairiennes, qui laissent entrevoir le manque d’arguments nécessaires à l’évolution de notre passion, notre métier.
Ou alors réajustez vos revendications, et demandez un nouveau statut…. Celui d’artiste tatoueur salarié.
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