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ARTICLE - Full body une oeuvre et une thérapie

MessagePosté: Ven 12 Aoû 2022 18:57
par Moebius
Bonsoir,

Je ne pense pas qu 'il ait été partagé ici :

https://www.parismatch.com/Vivre/Art-de ... ie-1758480


Full body : le tatouage, une œuvre et une thérapie - Chronique "C'est la vie"

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Catherine Schwaab
22/09/2021, Mis à jour le 16/09/2021

Le full body, ou tatouage intégral, s’apparente à un bouclier. Une identité plus forte qui donne confiance en soi.

Impossible de l’ignorer : vous êtes assis dans le métro, face à un monsieur très tatoué. S’il portait une chemise boutonnée, des pantalons, la vision ne serait pas si envahissante, vous remarqueriez juste un bout de dessin à la naissance du cou. Mais là, c’est l’été, en marcel et bermuda, il montre beaucoup de peau. Vous ne voyez que ça. Ses bras, ses poignets, ses épaules, une partie de son torse, ses genoux. Son corps semble une vraie bande dessinée : des dessins variés, un côté en black and white plutôt géométrique ; l’autre en couleurs avec des fleurs, des signes et des dragons. Mais où est-il allé chercher ces assemblages ? Ça n’est pas maori, ni gothique, ni... Stop, votre station interrompt l’observation, vous descendez. Zut.

« Pour moi, le corps humain est un tableau en mouvement. » C’est Lewisink qui s’exprime. Un artiste tatoueur qui ne prend que des clients désireux de faire du full body. Du tatouage intégral, comme on dit « bronzage intégral ». Allez sur son Instagram, les corps sont « habillés » de dessins. Ça n’est pas nouveau. N’empêche, on observe, dans un mélange de fascination et de compassion. Est-ce beau ? Notion subjective.

Vous avez les fesses plates ? Le défi de l’artiste tatoueur est de vous les galber. Illusion parfaite

Lewisink pratique la technique du « dotwork », un pointillisme plus léger qu’une ligne faite « au magnum » – l’arme fatale, une aiguille électrique pour ombrer les figures. Donc pointillisme, mais ça n’est pas du Seurat. Plutôt du Vasarely. Lewinsink adore la symétrie. Or le corps n’est jamais symétrique. Alors, avec son aiguille, il corrige. Oui, par exemple, si vous avez une scoliose, il vous rectifie : il vous dessine dans le dos un triangle qui brouille l’asymétrie. Pour les hommes, le triangle est une affaire centrale : épaules larges, hanches étroites, le Graal. Eh bien, il suffit d’un tatouage bien pensé. Plus fort : les fesses. Tout le monde n’a pas le parfait postérieur rebondi de Daniel Craig. Vous avez les fesses plates ? Le défi de l’artiste tatoueur est de vous les galber. Illusion parfaite. Lewisink dans une vidéo pour « GQ » : « Oui, le tattoo est une analogie de l’existence. Tu as pris une décision, c’est fait, tu ne peux pas inverser le temps. »

Mais le temps file. Un tatouage, ça vieillit, ça bave. Mais lui vous rassure : le pointillisme vieillit mieux que la ligne franche. Et, de toute façon, le monde des tatoués est plein de repentis. En clair : de nouveaux tattoos par-dessus les anciens. Enfin, certains doivent carrément être extraits de l’épiderme et c’est au prix de souffrances indicibles.

Le full body dure une semaine : un séminaire du dépassement de soi

C’est là que l’ouvrage, l’œuvre, devient une thérapie : avec le tatouage, le détatouage, le retatouage, vous testez votre résistance à la douleur. « Je continue de me faire tatouer pour ressentir ce que j’inflige à mes clients. » Il pourrait les appeler ses « patients ». Car le full body s’apparente à un séminaire de dépassement de soi : ton esprit n’en peut plus de souffrir mais ton corps supporte. Alors tu reviens. Un full body dure une semaine. Une intimité se crée. À la fin de la journée de piqûres, certains doivent faire des crises de nerfs, pleurer, hurler de douleur, les plaies irradient dans tout le corps ; à cause de la peau à vif, ils ne doivent pas pouvoir dormir – déjà un coup de soleil, c’est la torture ; sur un tattoo, pas question de mettre du yaourt. Le tatoueur a posé d’autorité un film antiseptique. À la dure.

Mais une fois la « toile » terminée, ils ont gagné. Gagné quoi ? Un ornement plus cher qu’un Gucci, qu’un bijou Tiffany, qu’une montre Rolex ? Vous n’y êtes pas : ce qu’ils ont gagné, révèle Lewisink, c’est une confiance en soi. « Je leur ai façonné un bouclier qui fait surgir une force en eux. Une identité plus forte. »

Et tout cela invisible, caché sous les vêtements car le maestro prône la philosophie japonaise du tatouage : ne rien laisser supposer de cette tempête artistique inscrite dans la peau. Comme les yakuzas, ils sont entrés dans la confrérie. En secret. Plus jamais peur. On en rêve...






j 'ai bien aimé :
« Oui, le tattoo est une analogie de l’existence. Tu as pris une décision, c’est fait, tu ne peux pas inverser le temps. »

Re: Full body une oeuvre et une thérapie

MessagePosté: Ven 12 Aoû 2022 20:00
par jpa63
Merci. Très bel article. En même temps, quand tu vois le boulot de Lewisink, tu peux qu’admirer et en lisant sa façon de voir et penser le tattoo, je le trouve encore meilleur.

« Je leur ai façonné un bouclier qui fait surgir une force en eux. Une identité plus forte. »
Et tout cela invisible, caché sous les vêtements car le maestro prône la philosophie japonaise du tatouage : ne rien laisser supposer de cette tempête artistique inscrite dans la peau. Comme les yakuzas, ils sont entrés dans la confrérie. En secret. Plus jamais peur. On en rêve... »

Re: Full body une oeuvre et une thérapie

MessagePosté: Ven 12 Aoû 2022 21:56
par Metallucas
Très intéressant. Merci pour le partage.

Re: Full body une oeuvre et une thérapie

MessagePosté: Sam 13 Aoû 2022 07:59
par Nonoman
C’est tout à fait exact. Tu n’inverses pas le temps mais le tattoo devient ensuite un élément du temps, qui vit toujours plus… il pâlit, il est corrigé, complété : ce sont des ajouts à ta vie…

Re: ARTICLE - Full body une oeuvre et une thérapie

MessagePosté: Sam 13 Aoû 2022 18:40
par Krän
J'ai copié/collé l'article complet pour éviter le risque de changement d'URL/perte de contenu. ;)


on observe, dans un mélange de fascination et de compassion.

Compassion...
De ?
Lapin compris. :grat:


une ligne faite « au magnum »

:arrow: :mrgreen:


Tout le monde n’a pas le parfait postérieur rebondi de Daniel Craig. Vous avez les fesses plates ? Le défi de l’artiste tatoueur est de vous les galber.

:roll: :lol: :calin:



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