ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Un article sur le tattoo, un bon bouquin à partager, un sujet de société… Viens échanger et te cultiver dans cette zone.

ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar Sheeva » Mer 5 Juil 2017 11:16

Je suis tombée sur cet intéressant article sur Japanization.

Je savais que le tatouage était interdit en Corée du Sud, mais j'ignorais la situation au Japon.

les tatoueurs japonais entrent en résistance.



Au bord de l’extinction, les tatoueurs japonais entrent en résistance

Il est très commun pour les étrangers de se voir refuser l’accès à des salles de musculations, piscines municipales ou onsens. Pourtant, rien de xénophobe : ceci se résume à l’histoire du tatouage dans l’archipel. En effet, porter un tatouage aisément visible au Japon est passible de sanctions informelles ou formelles. Aujourd’hui, les tatoueurs entendent bien sortir de cette crise qui touche leur art comme leur mode de vie. Alors que plusieurs affaires sont portées en justice, les tatoueurs japonais entrent en résistance.

Malgré son âge millénaire, l’opinion des Japonais sur le tatouage reste profondément enracinée dans le passé de cet art. Dès le XVIIe siècle, il fut historiquement associé au crime : le tatouage était utilisé afin qu’une marque reconnaissable poursuive les criminels japonais à vie. Cependant, jusqu’à nos jours, les tatouages restent surtout dans l’imaginaire collectif comme étant associé à la mafia japonaise : les Yakuzas. En effet, un des cachets de cette organisation, qui a longtemps fait régner la violence et la criminalité au Japon, était de couvrir intégralement le corps de ses membres de tatouages traditionnels japonais (l’Irezumi). Ainsi, les tatouages étaient, et sont encore pour beaucoup, liés à la dangerosité des Yakuzas, qui, malgré son affaiblissement, existe toujours de manière assez importante et visible. Il est clair que les antécédents historiques sont encore considérablement présents dans l’imaginaire et la loi japonaise, empêchant les préjugés autour du simple tatouage de disparaître.

Un métier difficile dans une société normée

La vie des tatoueurs et des tatoués japonais n’a rien à voir ainsi avec celles de nos pays. Dû à ces préjugés, les tatoués sont stigmatisés et discriminés : en 2012 par exemple, le maire d’Osaka, Toru Hashimoto, a demandé à tous les employés municipaux de révéler leur(s) tatouage(s), et de quitter leur travail immédiatement s’ils en avaient. De même, les tatoués sont empêchés d’entrer dans certains lieux qui les forceraient à révéler leur tatouage, tel que les onsens, les piscines ou les salles de musculation. Encore aujourd’hui, pour ouvrir un simple compte en banque, il faut déclarer ne pas appartenir à une mafia : autant dire que les tatouages traditionnels japonais donnent la puce à l’oreille…

Les tatoueurs (qui portent souvent eux-mêmes des tatouages) combinent la plupart du temps les sanctions citées ci-dessus et les nombreuses liées à leur profession. En effet, la loi oblige l’obtention d’un diplôme de médecin pour pouvoir légalement tatouer. Pourtant, les deux professions paraissent sans lien : les tatoueurs sont des artistes et non des médecins. Par conséquent, la grande majorité des tatoueurs n’obtiennent pas ce diplôme et exercent leur art dans l’illégalité en dépit de leurs compétences. Plusieurs problèmes en résultent : le premier concerne les normes d’hygiène, qui n’existent officiellement pas au Japon (l’hygiène étant naturellement intégrée dans la culture). Cela peut amener à des situations dangereuses, telles que la propagation de certaines maladies.

Le second concerne le mode de vie des tatoueurs. En effet, à cause de ce refus des autorités japonaises de reconnaître le tatouage comme un art, ces artistes sont obligés de vivre clandestinement via le faible bouche-à-oreille qui existe au sein de la communauté japonaise. Le plus paradoxal est que, bien que les autorités soient souvent au courant des activités de ces professionnels (tout comme celles de la mafia), très peu d’arrestations sont faites. Cela renforce cette zone grise de l’industrie du tatouage au Japon qui la rend possible sans la reconnaître.

Pourtant, quelques perquisitions sont faites, comme pour montrer l’exemple. Ce fut le cas du tatoueur Taiki Masuda, basé à Osaka. Par la suite, il a décidé d’attaquer en justice les autorités japonaises au nom de sa profession, lassé et mécontent de la situation. La première audience s’est déroulée le 26 avril 2017 et plusieurs ont suivi dans le mois de mai et juin. L’issue du procès risque ainsi d’avoir des conséquences importantes sur toute la profession déjà en difficulté. Jusqu’ici, aucun jugement n’a été rendu public pour le moment. Afin d’augmenter ses chances de gagner le procès, et à l’approche des Jeux Olympiques de Tokyo, il entend réunir des soutiens extérieurs via sa campagne internationale « save tattooing » (sauvez le tatouage).

Un documentaire pour soutenir les tatoueurs japonais

Un réalisateur japonais a décidé de suivre cette campagne et d’en faire un documentaire. Il s’appelle Hyuo Yamamoto, et lui et son équipe suivent l’affaire depuis un an et demi. Il explique :

« Ils devraient pouvoir gagner ce procès, mais il y a de nombreux autres points en jeu. Le groupe s’attend à ce que le procès aille jusqu’à la Cour suprême et que, si Taiki l’emporte, les autorités fassent encore appel. S’ils perdent, les conséquences seront lourdes pour les artistes tatoueurs. Ils devront devenir complètement clandestins, comme en Corée du Sud [où le tatouage est interdit, NDLR]. Ça ne va pas disparaître, mais une grande partie de la jeune génération va abandonner. Ces jeunes ont l’impression qu’ils n’ont pas d’espace pour continuer à travailler au Japon. De 70 à 80 % des clients sont étrangers, donc beaucoup d’artistes envisagent déjà de quitter le pays. »

Bien que la vision du gouvernement japonais ait commencé à évoluer, en demandant par exemple aux Onsens d’autoriser les touristes tatoués ou en fournissant des bandages pour les cacher, il est clair que le procès pourrait avoir de nombreux effets bénéfiques, tant pour les Japonais que pour les touristes. Les normes d’hygiènes s’officialiseraient et les citoyens arborant des tatouages ne seront plus stigmatisés et discriminés, permettant aux mentalités d’évoluer en harmonie avec l’industrie touristique croissante de leur pays.

Certains événements délicats liés au tourisme sont, en effet, arrivés par le passé, comme en 2013 où une femme néo-zélandaise s’est fait expulser d’un bain public à Hokkaido, à cause du tatouage traditionnel maori qu’elle avait sur le visage, donc impossible à camoufler. Le pays s’est vu accusé de discrimination culturelle, et pourrait continuer à l’être s’il ne change pas rapidement. En effet, les Jeux olympiques de 2020 arrivent à grands pas et nombreux seront les athlètes et touristes tatoués à fouler le sol japonais. Si Taiki Masuda perd son procès entre temps, les autorités japonaises vont devoir s’armer de toute leur imagination pour que la situation stagne sans faire de scandales. D’ici là, on ne peut que souhaiter bon courage aux rares tatoueurs japonais entrés en résistance…
Modifié en dernier par Krän le Mer 5 Juil 2017 12:49, modifié 2 fois.
Raison: Intégration de l'article dans le message.
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar Krän » Mer 5 Juil 2017 12:49

Difficile de savoir dans quelle mesure les éléments de cet article sont justes, "proportionnels" à la réalité du terrain.

Certains événements délicats liés au tourisme sont, en effet, arrivés par le passé, comme en 2013 où une femme néo-zélandaise s’est fait expulser d’un bain public à Hokkaido, à cause du tatouage traditionnel maori qu’elle avait sur le visage, donc impossible à camoufler. Le pays s’est vu accusé de discrimination culturelle, et pourrait continuer à l’être s’il ne change pas rapidement. En effet, les Jeux olympiques de 2020 arrivent à grands pas et nombreux seront les athlètes et touristes tatoués à fouler le sol japonais.

"Le pays s’est vu accusé de discrimination culturelle, et pourrait continuer à l’être s’il ne change pas rapidement. En effet, [...]"
Hum... comparer une discrimination culturelle vis-à-vis d'un tatouage maori traditionnel et les tatouages sans "appartenance culturelle" (99,9%) des athlètes et divers touristes. Drôle de façon de présenter les choses. Du coup, le reste de l'article est tout aussi juste, le "drame" évoqué de la place apparemment extrêmement difficile du tatouage/tatoueur dans la société japonaise actuelle existe-t-il vraiment ?
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar Destal » Mer 5 Juil 2017 13:08

Ce qui est sûr c'est que le tatouage est globalement mal vu au Japon et que la majorité des onsen et autres lieux publics où l'on se retrouve en petite tenue sont effectivement interdits aux tatoués.

De là à dire que les tatoueurs sont mal considérés et plutôt discrets, il n'y a qu'un pas.
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar Krän » Mer 5 Juil 2017 13:35

C'est effectivement connu.

En lisant l'article j'ai eu l'impression que des généralités sont faites à partir de quelques exemples qui ont été 'médiatisés'.

En France il y a eu 2-3 "scandales" ces 15 dernières années concernant les HeavyMods (allant jusqu'au procès), est-ce que pour autant toute la profession est sur la sellette et doit craindre les représailles...?
A la vue des publications (photos, etc) de pas mal de BodModeurs sur les réseaux sociaux il semble que non. Pourtant on pourrait aisément faire un article du même genre avec ces exemples.

L'article me semble léger et orienté (titrer "Au bord de l’extinction" me semble abusé par exemple même si j'admets tout à fait ne pas connaître la situation sur place et ne vois ça que de ma fenêtre).

Par curiosité je demanderai à de la famille sur place dont des bodmodés ce qu'ils en pensent, même si bien que résidents depuis plusieurs années ils 'restent seulement' français ils ont forcément une vision plus "de l'intérieur" que moi. :)
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar tat50 » Mer 5 Juil 2017 17:11

Sur inkage.fr, il y a un dossier sur le tatouage japonais, dont le chapitre VI traité de la position de la société japonaise et des difficultés actuelles faites par les autorités.
D'autre part, la convention de Tokyo 2017 sera la dernière, du fait de la pression policière (cf dernier numéro de Tatouage magazine.
L'article ci-dessus ne semble pas si mal informé.
Les modifications corporelles doivent-elles être considérées comme une addiction?
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar Krän » Mer 5 Juil 2017 20:24

Merci pour ces infos. ;)
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar NeoMedusa » Ven 7 Juil 2017 07:29

Krän a écrit:
En France il y a eu 2-3 "scandales" ces 15 dernières années concernant les HeavyMods (allant jusqu'au procès), est-ce que pour autant toute la profession est sur la sellette et doit craindre les représailles...?
A la vue des publications (photos, etc) de pas mal de BodModeurs sur les réseaux sociaux il semble que non. Pourtant on pourrait aisément faire un article du même genre avec ces exemples.


La situation n'est pas comparable, je pense.
Un certain nombre de pétitions ont d'ailleurs tourné ces dernières années afin d'attirer l'attention mondiale sur la situation récente au Japon.
Le gouvernement, certaines municipalités, le ministère de la santé s'appuient sur un article de loi indiquant que toute forme d'intrusion dans l'épiderme doit être considérée comme un acte médical, effectuée de fait par un médecin. D'où le risque de clandestinisation du métier de tatoueur.
A cela, s'ajoute une politique extrêmement réactionnaire de certains maires conservateurs de l'archipel (Osaka notamment) qui se servent de ladite loi pour organiser une sorte de purification morale de leurs rues et des établissements jugés "décadents".
Certains artistes japonais, inquiets, jouent d'ailleurs aujourd'hui sur plusieurs tableaux. Ils tatouent de plus en plus en dehors du Japon sans non plus le déclarer officiellement car cela risquerait de rompre définitivement les liens avec leur pays de naissance. Un petit rappel : un Japonais qui travaille et vit un peu trop longtemps à l'extérieur du pays devient à terme, lui aussi, un gaijin, ce qui complique ensuite grandement son retour éventuel.
Quant aux onsens, plusieurs articles sur Inkage résumait assez bien la situation. Il s'agit d'un autre problème que celui de la fermeture administrative des salons. Les bains publics sont considérés comme des lieux neutres, dans lesquels le statut social est censé s'effacer. Exhiber son corps tatoué apparaît donc comme une affirmation d'une individualité mal perçue dans un lieu dans lequel celle-ci doit au contraire s'effacer au profit d'un corps nu, sans apparats.
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar rikzu » Lun 10 Juil 2017 10:38

J'ai plusieurs voyages au Japon notamment pour tatouages et les onsen obligé de passer par la privatisation. Même pour se baigner dans un lac interdiction d'exhiber ces tatouages et des surveiller sont la pour faire respecter.

La majorité des tatoueurs japonais sont en salon privé avec aucune mention "tattoo" sur boîte au lettre ou porte d'entrée. J'ai ouïe dire que l'administration et très chiante/ lente avec eux, faut penser aussi au femmes des tatoueurs qui vont chercher les enfants à l'école ou le regard peut-etre difficile.
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar Aoi » Ven 28 Juil 2017 17:05

Bon ben adieu mon rêve de vivre au Japon :sad:
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar NeoMedusa » Mer 27 Sep 2017 07:24

Il semblerait que la cour d'Osaka ait déclaré "coupable" le tatoueur récemment poursuivi pour pratique illégale de la médecine.
L'avenir du tatouage au Japon est donc sévèrement mal barré.
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar Lunatik » Mer 27 Sep 2017 09:28

Sheeva a écrit:Je savais que le tatouage était interdit en Corée du Sud, mais j'ignorais la situation au Japon.
Ils devront devenir complètement clandestins, comme en Corée du Sud [où le tatouage est interdit, NDLR].

Je l'ignorais. Et du coup, je me demande comment font pour exercer les tatoueurs sud coréens ?
Merci pour cet article intéressant, en tous cas.

Edit : je viens de googler pour répondre à ma question : à priori, en Corée du Sud, le tatouage n'est pas interdit mais doit être réalisé par un médecin, les salons et tatoueurs sont donc clandestins.
Vidéo AFP : https://www.youtube.com/watch?v=T11_JCcIRgg

AFP (janvier 2015) a écrit:En Corée du Sud, les tatouages sont en vogue après avoir longtemps été relégués dans les bas fonds du crime organisé. Mais la législation n'a pas évolué au même rythme que la société et les tatoueurs exercent leur art dans l'ombre.
Comme ailleurs dans le monde, les adeptes des tatouages, popularisés par les sportifs et les stars de la K-pop, sont de plus en plus nombreux.
Mais s'il n'est pas illégal de faire des tatouages en Corée du Sud, ceux-ci ne peuvent être réalisés que par un médecin titulaire d'une licence médicale en bonne et due forme.

"Alors, si on veut un tatouage, on doit aller à l'hôpital? C'est tout simplement absurde", s'insurge Jang Jung-Hyuk, propriétaire de "Tattooism", un salon de tatouage situé en plein centre de Séoul.

Les autorités justifient la législation par des considérations de santé publique, y compris la nécessité d'éviter toute propagation du virus HIV ou de l'hépatite par des aiguilles mal stérilisées.

"C'est invasif. La peau est percée et elle saigne. C'est pour cela que nous considérons cela comme une procédure médicale", dit une porte-parole du ministère de la Santé Ahn So-Young.

Zone grise

Le gouvernement semble toutefois prêt à évoluer. En octobre, il a lancé une enquête sur la possibilité de légaliser certains salons.
En attendant, les tatoueurs vivent dans une zone grise qui n'est pas très différente de l'environnement dans lequel exercent les prostituées: leur activité est illégale mais les autorités ferment les yeux tant qu'ils ne se font pas remarquer.
La plupart des boutiques de tatouage sont installées dans des sous-sols aux portes anonymes et les adresses se communiquent par le bouche-à-oreille.
Jang Jung-Hyuk, 42 ans, avait 20 ans et étudiait la mode à Séoul quand il a vu son premier tatouage. Il a décidé sur le champ que là était son avenir.

"Personne n'utilisait de dermographe en Corée à cette époque. Il y avait juste les criminels qui se faisaient des tatouages maison avec des aiguilles et ils étaient plutôt hideux", dit-il.

L'association entre tatouage et criminalité était si forte que jusqu'à une époque récente, le fait d'arborer un large motif sur sa peau était motif d'exemption du service militaire obligatoire.
Jang Jung-Hyuk est parti au Mexique pour apprendre son métier. De retour en Corée après plusieurs années de formation, il a ouvert son premier salon illicite dans un immeuble de bureaux. Dans l'impossibilité de faire de la publicité, il se faisait connaître en postant sur internet des photographies de ses oeuvres, avec un numéro de téléphone mobile.

"Au cours des trois premiers mois, j'ai dû avoir 10 clients", se souvient-il. "Mais c'était le bon temps. Il n'y avait que 10 salons à Séoul, on se connaissait tous et on s'encourageait. Aujourd'hui, c'est plus concurrentiel".

Prison avec sursis

Personne ne s'accorde sur l'instant exact où le tatouage est devenu tendance. Nombreux sont ceux cependant qui gardent en mémoire le moment où le footballeur Ahn Jung-Hwan a retiré son maillot après une victoire sur le Japon en 2003. Il avait alors révélé une épaule ornée d'un tatouage proclamant son amour pour sa femme.

"C'était une star et tout est parti de là", ajoute le tatoueur. "Tout d'un coup, il y a eu tous ces autres sportifs, et ces stars de cinéma, et ces chanteurs de pop qui se faisaient tatouer".

Voici cinq ans, son salon a été visé par une descente de police. Il a été condamné à l'équivalent de 2.500 euros d'amende et un an de prison avec sursis.
Mais si la législation n'a pas bougé, les salons ont continué d'essaimer, et certains, comme la boutique "Maverick" dans le quartier d'Itaewon où vivent de nombreux expatriés, osent même les enseignes en néon.

"C'est une forme de résistance passive", dit son patron Lee Sung-Je. "C'est ma façon de dire, +je suis là et je fais mon travail+".

Sa clientèle est représentative de toutes les couches de la société, dit-il. Il y a des fonctionnaires et aussi des cadres de sociétés collet monté comme le conglomérat Samsung. Mais ces derniers "prennent souvent des tatouages qu'on peut recouvrir aisément", reconnaît-il.
Francis Kim, un chef de 31 ans, explique que ses tatouages reçoivent un accueil mitigé. "Les jeunes me complimentent beaucoup mais les plus vieux me regardent comme si j'étais un gangster ou un looser", dit-il.


NeoMedusa a écrit:Il semblerait que la cour d'Osaka ait déclaré "coupable" le tatoueur récemment poursuivi pour pratique illégale de la médecine.

Tu as un lien, qu'on en sache plus ? Je ne trouve pas l'info.
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar NeoMedusa » Mer 27 Sep 2017 09:43

J'ai vu passer l'info sur le fil FB de la version anglaise du "Save Tattooing in Japan".
A prendre encore avec prudence, donc.
Je cite : "We can't believe it. The court found the defendant guilty. How depressing this verdict is. We're all shocked to hear it." ( Criminal Engravement (犯罪の彫心)- Documentary)
"No freedom of expression in Japan. Tattoo artists without doctor's license are criminals in Japan. Osaka District Court takes sides with conservatives."
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar Destal » Mer 27 Sep 2017 09:46

Perso je trouve que ça se défend. Je suis plutôt choqué qu'en France et ailleurs on puisse injecter de l'encre dans la peau et les yeux de quelqu'un, du silicone sous la peau, les amputer de morceaux de chair sans avoir rien d'autre qu'une formation en hygiène et salubrité.
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar NeoMedusa » Mer 27 Sep 2017 09:49

Hi hi !
Sacré toi ! :pink:
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar Sheeva » Mer 27 Sep 2017 10:04

Lunatik a écrit:
Edit : je viens de googler pour répondre à ma question : à priori, en Corée du Sud, le tatouage n'est pas interdit mais doit être réalisé par un médecin, les salons et tatoueurs sont donc clandestins.
Vidéo AFP : https://www.youtube.com/watch?v=T11_JCcIRgg



Je disais que c’était interdit en Corée parce que justement les tatoueurs ne sont pas médecins et qu’ils n’ont officiellement pas le droit de tatouer. Ça m’étonnerait qu’il y aient des médecins-tatoueurs :lol:

J’en avais discuté avec Strange Dust, qui avait accueilli Daniel Snoeks en guest, et qui officie d’habitude à Séoul. Et il m’a confirmé ce qui est dit dans l’article.
C’est toléré, on sait que ça existe, mais ça reste clandestin, caché, pas de pignon sur rue.

Triste nouvelle si c’est avéré pour le tatouage au Japon.
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar Rhinoféros » Mer 27 Sep 2017 11:14

Grace Neutral dans la série Needles & Pins a fait un épisode sur le tatouage en Corée "Underground Tattoos in South Korea" et un sur le Japon "Erotic & Illegal Tattoos of Japan"
(si tu les veux, envoie-moi un petit MP)
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Re: ARTICLE - Les tatoueurs japonais entrent en résistance

Messagepar Lunatik » Mer 27 Sep 2017 19:33

@ Sheeva : je réagissais sur la tournure employée, incorrecte pour le coup : le tatouage en lui même n'est pas interdit (selon les articles), c'est de tatouer qui l'est. L'acte est interdit, pas le résultat, même si les tatoués visiblement sont mal vus et victimes de discrimination et qu'il ne fait pas bon être encré par là bas.
La nuance me semble quand même importante.

Comme en France, pratiquer/faire pratiquer l'otectomie est interdit sur le territoire mais pour autant on n'est pas hors la loi si on a un chien aux oreilles coupées, juste on ne peut pas le présenter en expo ou le faire confirmer (par contre, les ressortissants de pays où la pratique est légale, eux peuvent... paye ta logique)
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